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Développement durable, énergie et climat

La terre crue : introduction

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publié le 6 mai 2016 (modifié le 18 janvier 2017)

Une construction en terre crue présente de réels avantages y compris en milieu tropical humide. Maisons et édifices en blocs de terre comprimée, BTC, ou en pisé permettent de réguler température et humidité. La terre crue absorbe également un peu bruits et odeurs en plus d’avoir quelques qualités anallergiques. Les méthodes d’entretien et de restauration de tels édifices sont, par ailleurs, très importantes.

ORIGINE DU MATERIAU

La terre crue de construction provient de la partie du sol se trouvant sous l’horizon végétal. Cette terre est la plupart du temps issue de carrières en respectant une réglementation bien précise. En Guyane, un peu moins d’une dizaine de sites serait potentiellement en mesure de fournir de la terre crue de construction.

AVANTAGES ET QUALITES DE LA TERRE CRUE

La terre crue utilisée dans une logique durable est une ressource abondante et locale facilement recyclable.
C’est un matériau naturel, vivant et sain qui régule l’humidité, les températures et absorbe dans une certaine mesure les sons.
Cette fonction de régulateur thermique et hygrométrique permet donc de faire des économies. Une chambre à coucher bien orientée avec des murs en terre -BTC « normés » en boutisse et panneresse- peut restituer grâce à son inertie de la fraîcheur tout en assurant des nuits paisibles grâce à son isolation phonique naturelle. La terre crue présente des qualités indéniables.

D’autres matériaux qui peuvent parfois beaucoup y ressembler, souvent pour des raisons commerciales, n’ont pas tout à fait les mêmes caractéristiques.
Même si certains pourraient avoir des qualités optimales, rien ne permet de les distinguer formellement. Leur apparence similaire peut entraîner une certaine confusion.
Une attention particulière doit être apportée à la déclinaison creuse de ces briques généralement surchargée en ciment pour assurer leur résistance notamment quand un poteau-poutre avec tirant d’acier plus ciment est coulé à l’intérieur tous les deux mètres. Cette version creuse, très proche du parpaing, est ainsi beaucoup moins respirante et soumise à des ponts thermiques.

USAGES

. Construction
La terre crue peut être moulée ou compressée sans opération de cuisson comme la terre cuite.
Suivant sa composition, la terre crue peut être utilisée de différentes manières en construction : adobe, torchis, pisé, BTC -blocs de terre comprimée-, enduits…

Une introduction avait été réalisée par Myriam OLIVIER et Ali MESBAH en avril 2016 sur ces différents usages de la terre en construction.
Plus spécifiquement, deux fiches avec des caractéristiques techniques existent : une pour les btc, adobe, une pour le pisé par l’ARPE Midi Pyrénées.
Pour la construction en pisé, une approche assez pédagogique, scientifique et normative a été suivie lors de l’édification du CIPA -centre d’interprétation du patrimoine archéologique- de Dehlingen où Ali MESBAH de l’ENTPE est intervenu, nunc.fr. Une présentation video du CIPA est même disponible.
Le CEES -conservatoire européen des échantillons de sol- de l’INRA, édifié en pisé, a également fait l’objet d’une video.

La Guyane a eu la chance de bénéficier d’une mise en oeuvre de BTC dans deux maisons pilote au début des années 1980. Elles sont décrites dans "Blocs de terre comprimée" (pg 102 à 119) H.Guillaud, T.Joffroy, P.Odul, CRATerre-EAG.

La terre crue de construction n’exclue pas les autres matériaux de construction avec lesquels elle peut être combinée. L’ADEME Guyane a réalisé à ce sujet un Guide des matériaux en cours d’actualisation.

. Au-delà de la construction
La terre crue peut également être utilisée pour réaliser des pistes, cheminements « doux », terrains de sport…

NORMES

Pour les blocs de terre comprimée, BTC, existe une norme expérimentale XP P13-901.
D’autres possibilités pour certifier un produit et/ou un procédé en terre crue sont envisageables telles que les ATEx, appréciations techniques d’expérimentation, ATEx A pour un produit et un procédé, ATEx B pour une construction ainsi que les Avis techniques.
Les guides des bonnes pratiques servent aussi de référentiels dans certains cas.

IMPACT ENVIRONNEMENTAL
Energie grise - Système constructif - ACV

. Energie grise
La terre crue de construction sous ses différents usages, à condition de ne pas la dénaturer, présente un bilan « énergie grise », nécessaire à sa production, très faible.
Des limites en termes de stabilisant comme le ciment ou la chaux peuvent également être prises en compte : de 0 % à 6 %, voire 8 % maximum du poids total par exemple pour les blocs de terre comprimée, BTC. Au-delà, il est difficile de les qualifier d’éco-matériau.

. Système constructif
Le système constructif est également très important.

Une maison à ossature en bois avec remplissage en BTC « normés » présente des caractéristiques idéales à la fois sur le plan environnemental et pour la régulation des températures, de l’humidité et du bruit. Cette fonction de régulateur thermique et hygrométrique permet donc de faire des économies.
La terre et le bois sont deux matériaux naturels, vivants et sains disponibles localement et nécessitant peu de transport pour leur fabrication.
Faire appel à ce type de matériaux valorise le savoir-faire de professionnels tout en étant générateur d’emplois de proximité.

Utiliser d’autres briques « alvéolées / creuses » ou « pleines » -qui ressemble à des BTC mais dont la composition peut varier sans qu’il soit possible de les distinguer en apparence- avec parfois 10, voire 15 % de ciment en y insérant éventuellement des tirants d’acier et du ciment tous les deux mètres conduit non seulement à des ponts thermiques mais rend aussi le bilan environnemental pas très positif. Ce type de produit se rapproche en fait beaucoup du parpaing de béton tout en ayant la couleur de la terre. Ces bétons de granulats légers ou courants sont parfois mis en œuvre avec de la colle polyuréthane ou un autre liant non écologique qui alourdit encore leur impact.

. ACV - Analyse du cycle de vie
Des BTC « normés » avec un mortier à base de terre et un peu de ciment peuvent être recyclées avec un impact environnemental amoindri. La terre crue très faiblement stabilisée et sans autre adjuvant chimique peut même retourner à l’état "naturel" et réintégrer l’éco-système.
Le cycle de vie des autres matériaux y ressemblant est nettement moins avantageux, voire problématique concernant les résidus de colle ou de ciment-colle.

L’analyse du cycle de vie, ACV, est donc à prendre en compte dès la conception du produit ainsi que dans sa mise en œuvre, le système constructif employé.
L’objectif est d’utiliser le bon matériau au bon endroit en minimisant :
. l’énergie grise -énergie nécessaire à la production des matériaux jusqu’à l’édification ;
. l’énergie blanche -énergie nécessaire dans le cadre de la vie quotidienne telle que la climatisation d’où l’intérêt d’une bonne ventilation pour minimiser son installation.
Le site de l’arpe-mip.com décrit très bien ces "Enjeux environnementaux et sanitaires du bâtiment".

L’emploi local généré et la dépendance aux produits importés sont également des facteurs importants.

COUT GLOBAL

Concernant les matériaux et la construction, il convient ainsi de réfléchir en coût global pour les futurs occupants : le coût de la construction ainsi que celui de son usage et de son entretien. Un bâtiment bien conçu permettrait notamment de faire des économies de climatisation de 30 à 50 %. En termes d’énergie, il s’agit d’optimiser l’énergie grise (construction) et l’énergie blanche (usage) pour des factures amoindries.

RECHERCHE

Plusieurs pistes de recherche existent en France comme à l’étranger afin d’optimiser le matériau terre crue de construction et en faciliter l’usage : béton d’argile écologique, alcalinisation des adobes…


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